20.2.12

DP WORLD à Dakar : Mention Bien

On s’en souvient encore. La concession du Terminal à conteneurs du Port Autonome de Dakar à Dubaï Ports World (DP World) au détriment du groupe Bolloré avait suscité, en 2008, autant de commentaires que l’affaire Cheikh YérimSECK. Beaucoup d’observateurs et experts du milieu maritime avaient dénoncé des irrégularités dans l’attribution du contrat à ce troisième opérateur portuaire mondial.

Aujourd’hui, l’entreprise fait toujours l’objet de critiques acerbes de la part des acteurs portuaires. Certains indexent leurs pratiques commerciales qui ne laissent  place à aucune forme de négociation sur le choix des engins de manutention. D'autres évoquent le bouleversement technologique que DP World Dakar  a contribué à  renforcer au port et qui réduit de plus en plus la main d'œuvre.

 D'autres encore se plaignent de la tarification qui prive les réceptionnaires de certains avantages commerciaux. Tout récemment, l’entreprise est citée, par la presse, dans une affaire de dilapidation des comptes du port. Et pour boucler la boucle, la Cour des Comptes ainsi que l’Inspection Générale d’Etat (IGE) ont jugé illégal la convention entre le géant asiatique et l’Etat du Sénégal. Mieux, ils préconisent tout simplement la résiliation du contrat qui normalement doit arriver à terme en l’an…2033. Une mauvaise nouvelle qui arrive juste au moment où la compagnie est  évincée du port d’Aden au Yémen comme nous l’a annoncée l’agence de presse Reuters via Twitter.

Tout ceci fait que DP World Dakar est perçu par une certaine opinion comme un géant venu des Émirats pour piller et gaspiller les ressources du pays, en accord avec le régime précédent. Un « monstre » dont les nouvelles autorités doivent se débarrasser  au plus vite.


Cependant, si l’on juge la compagnie de part ses réalisations sur place, on a presque envie de dire la réalité est très éloignée de la caricature.  A vrai dire, si le port de Dakar est aujourd’hui hissé aux standards internationaux d’un terminal à conteneurs, c’est, en partie, grâce à DP World Dakar.

 Un élément pour s’en convaincre : les portiques. Quatre magnifiques portiques jaunes sur des quais fondés à 12 mètres de profondeur. Des portiques que les autorités portuaires exhibent fièrement sur tous les prospectus qu'elles distribuent.  Beaucoup de ports de la sous région en disposaient depuis les années 90 alors que Dakar n'a eu les siens qu’avec l’arrivée de la compagnie dubaïote. Une véritable bizarrerie si l'on sait que Dakar occupe la 3èm place (en termes de tonnage) dans le classement des ports d'Afrique de l'Ouest derrière Abidjan (2em) et Lagos (1er).

DP World Dakar en quelques chiffres

Comparé aux années 2000, le terminal à conteneurs dispose aujourd'hui d’équipements techniques ultra modernes permettant des gains de temps considérables. Le temps d'attente des navires tourne, en moyenne, autour de 2 heures contre 15 tours d’horloge auparavant. 

Lors d’une conférence du DG de DP World Dakar en juin dernier, le directeur commercial affirme que « le temps d’attente des navires au port est l’un des plus bas d’Afrique.» L'activité de manutention a  atteint un rythme de 50 conteneurs à l'heure. Selon le rapport d’activités 2010 du Port Autonome de Dakar, le trafic de marchandises conteneurisées a connu une hausse de 10% avec près de 350 000 EVP1 (Equivalent Vingt Pied) par an. Cerise sur le gâteau, la terminal fonctionne 24h/24 et 7j/7, ce qui permet aux réceptionnaires de récupérer leurs conteneurs à toute heure, de jour comme de nuit.

Au plan de la sûreté et de la sécurité, Dakar n’a assurément rien à envier à ses concurrents. Depuis 2009, il est devenu le 1er port de la sous-région à obtenir la certification ISO 28000 relative au management de la sécurité pour la chaîne logistique. Et, jusqu’aux dernières nouvelles, il est le seul à être certifié conforme aux normes ‘’anti-terrorisme’’ de la Douane américaine. Tous ces atouts et avantages comparatifs pour le port en l’espace de 4 ans seulement, notre pays les doit à Dubaï Ports World. Et le meilleur reste à venir puisque  l’opérateur portuaire garde dans ces tiroirs un projet ambitieux : le ‘’port du futur’’. Il s’agit de la construction d’un nouveau terminal d’une capacité de 1,5 millions de boîtes EVP avec un coût estimé à 250 milliards de francs CFA. Un terminal de 40 ha de terre pleine, 1,5Km de quai, 15m de profondeur et 9 portiques. Un terminal qui pourra accueillir des navires de 3èm génération. 

C’est connu, un port moderne se caractérise par la fluidité de ses activités, sa bonne organisation, la rapidité des ses opérations, sa capacité à recevoir de gros navires à fort tirant d’eau… Et je suis tenté de dire que DP World est bien placé pour faire de Dakar un hub2 sous-régional. Finalement, malgré tout ce qui se dit ça et là, ma conviction est que ces arabes ont  installé notre port dans le chenal du « Yonou Yokouté » (la voie du progrès). Et ce que je crains, c’est que cet élan formidable soit brisé si jamais l’opérateur est débouté de Dakar. Reste à voir si après leur départ (éventuel), le port ne sera pas installé dans le « Yonou Yakhouté » (voie de la destruction).

1EVP = Unité de mesure permettant de répertorier les conteneurs selon leur taille et de décrire les capacités des navires porte-conteneurs ou des terminaux
2Hub = principale plateforme portuaire de groupage ou dégroupage des marchandises, en général conteneurisées.


NB : L'article a été mis à jour le 3 octobre 2012


3 commentaires :

  1. TALL mbayang CFMPL16 mars 2012 à 09:52

    La compétence de DPW est incontestable. Mais moi ma préocupation est:
    POURQUOI l'Etat du SENEGAL ne developpe_t_elle pas une politique qui favoriserait la concurrence des entreprises SENEGALAISES avec les étrangères?

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    1. M.FAYE
      SLT J'ESPERE QUE TOUS LES STAGIAIRES DU CENTRE SE PORTENT A MERVEILLE. POUR MA PETITE CONTRIBUTION PAR RAPPORT A LA REMARQUE DE MBAYANG QUI EST TRES PERTINENTE, JE DIRAIS MEME SI L'ETAT FAVORISE LA CONCURRENCE DES ENTREPRISES SENEGALAISES CES DERNIERES N'ONT NI LA TECHNICITE, NI LA TECHNOLOGIE ENCORE MOINS LES MOYENS FINANCIERS POUR SUPPORTER DE TELLES CHARGES CAR L'INVESTISSEMENT DANS LE DOMAINE PORTUAIRE EST VRAIMENT COUTEUX...

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    2. Clairement M. Faye. En effet, l’investissement en matériels de manutention comme les portique est très lourd. A défaut de trouver une entreprise locale qui puisse supporter ces charges, l'Etat n'a d'autre choix que de faire des appels d'offres internationaux pour que le port puisse se mettre au normes internationales. J'espère que tout ce passe bien pour toi. Tu nous a complètement abandonné légui.

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