5.6.15

Brûlante erreur sur une citerne d’hydrocarbure

En début Juin, le Ghana faisait tristement l’actualité avec un accident meurtrier. Le pays de Michael Essien faisait face à une terrible incendie dans une station-service qui a ému le Monde. Évidemment, je ne souhaite pas la même chose pour le Sénégal. Mais force est de constater que notre pays est sous la menace quotidienne de catastrophes de ce genre. Et pour cause, la négligence commence à s’inviter dans un secteur lourd de dangers, celui des hydrocarbures.

Je passe sur les nombreux cas de violation de la réglementation sur les camions-citernes ou de pétrole ou de gaz (interdiction de rouler avant 10 heures et au-delà de 20 heures, limitation de vitesse à 70 km/h…) pour en arriver à un cas qui fait froid dans le dos.

Il y a quelques jours, alors que je me faufilais entre les véhicules dans un embouteillage, une citerne attira mon attention et ses étiquettes enflammèrent ma curiosité.
Il n’y a pas l’ombre d’un doute. Il s’agit bien d’une erreur comme on n’en voit pas souvent dans le secteur pétrolier au Sénégal. Les informations portées sur les parois de ce camion-citerne circulant sur une route de Dakar sont TOTALement erronées. Du moins, elles sont d’une incohérence notoire qui mérite qu’on s’y attarde. Le plus surprenant est que le camion appartient à l’une des plus grandes sociétés de transport d’hydrocarbures du pays. Une société qui se targue d’être le leader dans le secteur. Une société qui se veut être la championne dans la promotion des meilleures pratiques et la conformité aux règles et procédures.

Où se situe le problème au juste ?



Pour le comprendre, rappelons 2 ou 3 petites règles dans le transport routier de matières dangereuses.
La réglementation exige que tout camion qui transporte des produits dangereux (comme le gaz, le pétrole ou ses dérivés) soit équipé d’une plaque (ou une étiquette) qui indique le code de danger du produit, son numéro d’identification appelé « numéro ONU » et, éventuellement, sa dénomination réglementaire. De sorte qu’un logisticien spécialisé dans les matières dangereuses puisse identifier le contenu du véhicule rien qu’en se basant sur les chiffres mentionnés sur l’étiquette.




Sur cette plaque orange par exemple, le premier numéro de 2 chiffres (33) indique le danger lié au produit. Chaque chiffre de ce numéro désigne un danger bien précis. 33 signifie que la matière transportée est un liquide très inflammable (code de danger 3+3). Le deuxième nombre de 4 chiffres (1203) indique qu’il s’agit de l’essence. Chaque produit dangereux est associé à un numéro ONU qui lui est unique. Par exemple, le 1203 c’est pour l’essence, 1830 pour l’acide sulfurique, 1223 pour le kérosène…

Revenons maintenant sur l’étiquette de notre camion-citerne


Comme vous pouvez le voir sur l'image ci-dessous, à droite, nous remarquons la mention JET A-1 qui représente le nom technique du produit. Il s’agit là d'un type de kérosène, le carburant des avions. A gauche, sur l’étiquette orange, nous retrouvons les numéros de l’essence. Ce qui est, de toute évidence, une aberration. En effet, comme précisé plus haut, le numéro ONU du kérosène c’est bien 1223 et non 1203 comme indiqué sur la citerne.


De plus, en toute rigueur, le code de danger associé au JET n’est pas le 33. Les propriétés physico-chimiques du kérosène montrent qu’il n’est pas un produit très inflammable comme l’essence mais juste inflammable. De ce fait, le code doit être 30, avec le 3 qui signifie ‘’liquide inflammable’’ et le 0 qui indique une ‘’absence de danger secondaire’’.



D’aucuns pourraient penser que l’erreur vient du fait que le camion est destiné à transporter en alternance de l’essence et du kérosène. Mais non ! Cette hypothèse est très peu envisageable puisque, selon un ancien logisticien dans la filiale sénégalaise d’une multinationale pétrolière française, les camions qui transportent le kérosène ne sont jamais réutilisés pour le transport d’autres produits. Ce n’est pas la réglementation en vigueur mais c’est une sorte de convention sur laquelle les opérateurs se sont accordés pour plus de sécurité.

Je suis étonné qu’elle mette en circulation un camion avec des indications inexactes depuis plusieurs mois déjà. Une erreur qui peut entraîner des confusions et, par ricochet, des conséquences dévastatrices.

Quand un camion citerne se rend dans un dépôt pétrolier pour chargement, il passe par au moins 4 postes de contrôle. Sans parler de vérifications journalières effectuées par les compagnies pétrolières avec lesquelles la société collabore. Si, malgré toutes ces vérifications, personne n’arrive à remarquer l’erreur et la rectifier, c’est qu’il y a vraiment négligence quelque part. Or, les risques d'explosion et d'incendie inhérents aux activités de transport d’hydrocarbures exigent qu’aucun détail ne soit négligé. Ne dit-on pas que le diable se trouve dans les détails ? Le danger est que l'erreur peut se répercuter sur les documents de transport et entraîner ainsi des erreurs lors du déchargement et, par suite, un mélange de produits incompatibles, entre autres risques.

La plupart des accidents liés au transport de matières dangereuses au Sénégal sont dus à une négligence ou une erreur humaine. Pour rappel, en 1992, c'est un sur-remplissage d'une citerne d'ammoniac liquide qui a été à l'origine de son explosion dans une usine à Dakar. Bilan : 129 morts, 1150 blessés. En 2009, une citerne transportant justement du kérosène s'est renversé sur la route de l'aéroport de Dakar, provoquant ainsi un incendie qui a fait 4 blessés. Et pour cause, le conducteur voulait éviter des mendiants sur la route.

Le transport de matières dangereuses requiert beaucoup de rigueur dans le respect des procédures. Une rigueur qui, malheureusement, n'est pas la chose la mieux partagée dans beaucoup de sociétés sénégalaises.

PS ; Mise à jour le 05/06/2015

2 commentaires :

  1. Un métier qui demande un maximum de précaution.

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  2. un dossier intéressant : Le Transport de Matières Dangereuses (TMD) : http://www.officiel-prevention.com/formation/prevention-routiere/detail_dossier_CHSCT.php?rub=89&ssrub=197&dossid=200

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