19.10.12

Entretien avec le chef du service ‘’convoi exceptionnel’’ de Bolloré


le convoi
Je vous parlais, il y a quelques temps, du convoi exceptionnel de la Sénélec, de passage en banlieue dakaroise, en partance pour la centrale électrique de Kahone. L’entreprise qui s’était chargée du transport est SDV, une filiale du groupe Bolloré reconnue, aujourd’hui, comme un acteur globale de la chaîne logistique.

 Le chef du service ‘’convoi exceptionnel’’ de la boite nous a fait l’honneur de nous recevoir dans son bureau sis à Bel-Air pour parler justement du transport de ces groupes de Dakar à Kaolack. Il revient, dans cette interview, sur le projet, les difficultés rencontrées, l’itinéraire du voyage sans oublier les formalités administratives pour effectuer le convoi. Entretien.

Un de vos convois exceptionnels, lors de son passage dans la banlieue, a récemment fait l’objet d’un billet dans mon blog. Peut-on en  savoir davantage sur le projet ?

En fait, il s’agit du projet d’extension des centrales électriques de Bel Air et Kahone de la Sénélec. Nous avons importés pour le compte de la société d’électricité des moteurs (groupes) à livrer dans ces deux sites. Pour la centrale de Bel Air ce n’était pas compliqué puisqu’elle se trouve tout près du port. Par contre, nous avions eu beaucoup de difficultés pour acheminer les deux moteurs qui font 295 tonnes chacun du port de Dakar à Kahone dans la région de Kaolack.

Justement, quelles sont les difficultés auxquelles vous aviez fait face ?


Quand les moteurs sont arrivés au port on a eu des problèmes pour la livraison à Kaolack. Mais, auparavant, on avait alerté. Sur la Route Nationale n°1 (RN1), entre le poste de Thiaroye et Keur Mbaye Fall il y a 7 passerelles piétonnes qui ont été érigées avec un tirant d’air de 4,85 mètres c’est dire le passage entre le sol et la limite des passerelles. Donc les convois ne devaient pas dépasser cette hauteur sinon ce serait impossible de passer. Or les moteurs, plus la remorque et les poutres faisaient 7,5 mètres de hauteur.

Donc on ne pouvait pas passer sur la RN1. On a identifié un autre itinéraire, un itinéraire alternatif, mais là également il y avait un obstacle. Il fallait passer sur un pont, celui qui surplombe l’autoroute à péage à hauteur du marché de poisson de Pikine. Malheureusement, la structure du pont fait qu’il ne peut pas supporter la masse totale du convoi, le poids total roulant autorisé qui était de 363 tonnes. Donc on était coincé. On n’avait jusque là aucune possibilité de livrer les moteurs. On avait même imaginé la voie maritime car Kaolack a un port.

Mais le problème de ce port c’est d’abord le chenal d’accès qui a un faible tirant d’eau. Il fallait un petit navire pour pouvoir un passer. Ensuite, le problème le plus sérieux qu’on a identifié pour renoncer à cette possibilité c’est le quai qui est dans un état de délabrement très avancé. C’était risqué d’y poser un colis de près de 300 tonnes plus une remorque et une grue pour le déchargement. Donc l’unique solution qui restait c’était la route. Mais il fallait contourner une partie de la RN1 parce qu’on ne pouvait pas casser les passerelles.

Et finalement, quel itinéraire avez-vous trouvé ?

On a eu de la chance. Personnellement j’ai passé deux semaines à circuler dans la banlieue pour regarder par quelle voie sortir. On nous a proposé des trajets qu’on a écartés par la suite pour des raisons de faisabilité. Finalement on a choisi le trajet qui quitte le port, passe devant la police de Bel Air, emprunte le boulevard du centenaire et va jusqu’à Sotiba pour prendre à gauche, vers le marché de poisson de Pikine. De là, il passe par Tally Icotaf, route des Niayes, Tally Diallo, Yeumbeul, Malika, Keur Massar, Diakhay, jusqu’à Rufisque. Arrivé là bas il y avait un pont en chantier mais l’entreprise chargée de la construction nous a permis de le contourner. Ensuite on  revient à Rufisque à auteur du grand tour giratoire pour la RN1 et partir. On a fait tout ce détour juste pour contourner les 7 passerelles.

Comment s’est déroulé le voyage ?

On a effectué le voyage en deux étapes. On a d’abord stocké les moteurs à Diamniadio à la sortie de Dakar. Pourquoi ? Parce que la remorque qu’on a utilisée est destinée à sortir les moteur de Dakar. Il a l’avantage de ne pas avoir de tracteur donc pas trop encombrant. Ce qui a permis au convoi de se mouvoir et pouvoir tourner facilement à certains endroits. Ensuite, pour compléter le trajet on a utilisé un autre engin.

On a fait venir, quelques temps après, une remorque de la France avec notre structure à Paris qui s’occupe des grands projets qui s’appelle SDV  Projets Industriels. Cette remorque avait deux tracteurs. Un qui tire et un autre qui pousse derrière. L’attelage est allé directement à Diamniadio pour successivement charger les moteurs et les amener à Kahone.

Comment s’est fait le chargement sur la remorque ?

Le chargement était facile. On ne l’a pas fait ni avec une grue ni avec un matériel de levage. C’était un chargement sous cale marteau. Quand les moteurs sont arrivés on les a mis sur des poutre qui reposent sur quatre cales. Et les remorques pouvaient être soulevées par un système de télécommande. Quand l’attelage est arrivé, il est rentré en dessous puis le moteur s’est reposé sur la remorque. 





Il vous a fallu combien de temps pour transporter ces moteurs ?

Il nous a fallu 3 jours juste pour sortir de Dakar. On a passé la 1ère nuit à Yeumbeul, le 2ém jour à Diakhaye et le 3ém jour à Diamniadio. Et la seconde partie du voyage nous a pris 2 jours.

Quelles étaient les formalités administratives pour réaliser ce convoi ?

D’abord, le dédouanement, cela va sans dire. On ne peut pas sortir un colis du port sans le  dédouaner. Ensuite, concernant le transport, nous avions pris toutes les dispositions pour sécuriser le convoi d’autant plus que nous avons une politique QHSE (Qualité, Hygiène, Sécurité, Environnement). Nous avions adressé des lettres au ministère de l’intérieur pour faire intervenir la gendarmerie afin d’encadrer le convoi. Nous avions également informé les maires des communes traversées et la Sénélec avait passé des communiqués à la radio et dans les journaux pour informer la population. Donc tout le monde était au courant.

Des agents de la Sénélec étaient également parmi nous aider à délester certaines zones. Parce que pour passer sous les fils haute tension, il fallait respecter une certaine distance de sécurité. Au cas contraire, on attendait que la Sénélec coupe le courant pour nous permettre de passer. Ce qui nous a beaucoup retardés sur la route d’ailleurs.

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