10.12.12

Les ‘‘seven Ups’’ et les ‘‘seven Downs’’ du port de Dakar


Un cabinet de conseil américain basé dans le Delaware, sur la côte Est des Etats-Unis, m’a récemment contacté dans le cadre d’une étude sur le Port Autonome de Dakar. Occasion pour moi de revoir certains de mes documents qui somnolaient dans mes tiroirs. C’est ainsi que j’ai voulu faire une petite sélection de 7 avantages et 7 inconvénients qui, à mon avis, font et défont la compétitivité de ce 3èm port de l’Afrique de l’Ouest (en terme de tonnage) derrière Abidjan (2em) et Lagos (1er).  Le titre de l’article m’est venu d’une citation d’un ex-ministre de la république, Mme Awa Guèye Kébé qui disait : « La vie est faite de seven Up et de seven Down.»
Sept avantages

  1. Position géographique
C’est connu. Dakar se situe sur la pointe la plus avancée de la côte ouest africaine. Son port bénéficie, ainsi, d’une position géographique exceptionnelle. Les experts disent qu’il se trouve à l’intersection des principales lignes maritimes entre l’Europe, l’Amérique du Nord, l’Amérique Latine et le continent africain. Ceci permet aux navires venant du nord de gagner 2 à 3 jours de navigation par rapport aux autres ports de la sous-région et favorise les trafics concurrentiels de transbordement et de transit sur les pays de l’hinterland comme le Mali.


  1. Qualité et sécurité
La qualité des services offerts ainsi que la sécurité des opérations et installations sont au cœur des préoccupations des autorités portuaires. C’est ainsi que Dakar a obtenu, en 2009, la certification ISO 9001 dans sa version 2008 pour le pilotage des navires ainsi leur que leur déhalage (mouvements dans l’enceinte portuaire) mais aussi pour la gestion des terre-pleins. La certification arrivera, cependant, à terme ce 22 décembre 2012. Le port de Dakar s’est également conformé aux directives issues de la convention de SOLAS depuis l’entrée en vigueur du code ISPS (International ship and port security).

  1. Politique environnementale
Le port s’est engagé dans la réduction de la pollution et le respect des normes environnementales internationales. Il a adopté la Déclaration des Ports Mondiaux pour un meilleur climat promulguée en 2008 lors de la conférence de Rotterdam. Dans ce sillage, les autorités ont mené différentes actions que sont : la mesure régulière de la qualité de l’air dans l’enceinte portuaire, l’analyse physico-chimique et microbiologique du plan d’eau ainsi que son nettoiement périodique, l’élaboration de rapports environnementaux…

  1. Réparation navale
Dakar possède l’un des plus grands chantiers navals de l’Afrique de l’Ouest, en l’occurrence Dakarnave. Il dispose  d’équipements modernes permettant de réparer ou raccommoder toutes sortes de navires.


  1. Terminal à conteneurs
Disposant d’outils de manutention modernes, le Terminal à Conteneurs, concédé à la compagnie de l’Emirat du Golfe, Dubaï Ports World (DP World), a beaucoup amélioré l’image du port dans l’international. La rapidité des opérations dans le terminal a considérablement augmenté la productivité et réduit le temps d’attente et de séjour des navires. DP World Dakar gère 85% des conteneurs débarqués à Dakar. Le reste étant opéré par la multinationale italienne Grimaldi.

  1. Plateforme logistique
Dans le souci de décongestionner les environs du port de Dakar et fournir plus d’espace aux opérateurs, les autorités ont construit, à 200 mètres de port, sur un site de 20 ha, une plateforme logistique composée d’entrepôts, de bureaux pour transitaires et grossistes, un centre d’affaires, des zones de stationnement pour camions… Selon nos sources, la plateforme serait en phase de concession. Sauf changement par les nouvelles autorités, l’exploitation sera confiée à un opérateur privé. L’appel d’offre serait déjà lancé.

  1. Système GAINDE
Le système de Gestion automatisée de l’information douanière et des échanges (GAINDE) est conçu pour faciliter les opérations de dédouanement et tendre vers une dématérialisation du commerce extérieur. L’idée a été de créer une plateforme d’échange de données électroniques pour un dédouanement sans paperasses. Mis en place par l’administration douanière sénégalaise en partenariat avec le Gie Gaindé 2000, le système a remporté, en juin dernier, le premier prix des Nations unies pour le service public à New York.

Sept inconvénients

  1. La profondeur du chenal d’accès
Malgré des quais fondés jusqu’à -13 mètres, Dakar tarde à accueillir des navires de 3èm génération. Et pour cause, son chenal d’accès n’est pas aux normes avec les profondeurs du Terminal à Conteneurs. Le dragage intérieur et extérieur du chenal s’impose donc.

  1. L’engorgement de l’enceinte portuaire
La plateforme logistique n’étant pas encore fonctionnel (à cause de problèmes techniques notamment), l’encombrement des quais, magasins et aires de dédouanement devient de plus en plus un problème sérieux. Selon le rapport d’activités 2010, les revenus domaniaux (issus de la location du domaine portuaire) ont baissé de 2%  par rapport aux années précédentes.

  1. Les taxes
C’est triste à dire (et à écrire) mais le Sénégal peut être considéré comme un ‘‘enfer fiscal’’, l’exact contraire de l’Etat du Delaware connu pour être un paradis fiscal. C’est dire que l’Etat du Sénégal ne vit que de taxes. Nombre d’opérateurs se plaignent de la cherté des coûts portuaires due aux multitudes de taxes imposées par les autorités. Pour exemple, une taxe de 0,2% est défalquée sur chaque marchandise importée pour le financement du... Plan Takkal.

  1. La dégradation du Môle 3
 Le Môle 3 est dédié à 80% au transit malien. Malgré son importance dans la compétitivité du port, ses quais et terre-pleins sont arrivés à un état de délabrement assez avancé. La rénovation du Môle 3 fait partie des projets d’avenir du port.

  1. La vétusté du Wharf pétrolier
La vétusté du wharf pétrolier peut sérieusement compromettre la qualité du service et surtout la sécurité des navires mais également baisser les transbordements. C’est pourquoi sa modernisation doit être une priorité pour les autorités. A ce propos, un emprunt obligataire avait été lancé sur le marché de l’UEMOA pour son financement. Les travaux pour sa réhabilitation ne devraient plus tarder, en principe.

  1. La mal gouvernance
Depuis quelques années, les principaux corps de contrôles de l’Etat ne cessent de produire des rapports incriminant une gestion désastreuse du port de Dakar. Jugeons-en !
 L’Inspection générale d’Etat (IGE) a, récemment, jugé " illégale " la concession du Terminal à conteneurs à DP World. Dans le même temps, la Cour des comptes découvre un partage indu d’une prime de plusieurs millions de francs CFA par les cadres du port après l’attribution du marché du Terminal à conteneurs. L'Autorité de régulation des marchés publics (Armp), quant à elle, révèle plusieurs cas de passation de marchés avec une violation flagrante des règles élémentaires de transparence. Le dernier en date est relatif à l’attribution du marché de nettoiement du plan d’eau jugée "irrégulière" par l’institution.  

  1. Corruption
La corruption également demeure une réalité au port de Dakar et ceci à tous les niveaux. Un seul exemple pour s’en convaincre : En mai dernier, l’Inspection générale des finances (IGF), dans une enquête sur les crédits des douanes alloués aux transitaires, a relevé un trou de 42 milliards de francs CFA sur ce qu’elle qualifie de « vaste opération mafieuse » entre des transitaires, la Perception de Dakar-Port et les services du Receveur Général du Trésor. (No Comment !)


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