20.6.13

Transport ferroviaire au Sénégal : Les restes du chemin de fer


Le Dakar-Bamako
Je ne me suis jamais intéressé au transport ferroviaire au Sénégal, malgré le TGV que Wade nous avez promis, du temps où ses promesses avaient encore un  sens. La raison est toute simple : ce mode de transport est quasi agonisant au Sénégal. La mort progressive du chemin de fer a donné un sacré coup à notre économie. La plupart des gares du pays ont été détruits et transformés en champs de ferraille, occasionnant des milliers d’emplois en moins. Les quelques rares entreprises qui s’activent exclusivement dans le secteur du transport ferroviaire au Sénégal sont, aujourd’hui, en quasi-faillite. Le terme « cheminot » est complètement rayé de notre langage. 

 Il a fallu que je sois contacté, récemment, par  un magazine marocain de Transport et Logistique (pour une collaboration sur un dossier)  pour que je jette un œil sur ce qui reste du secteur. C’est ainsi que je résume la situation en trois lignes : le Petit Train de Banlieue (PTB) qui relie Dakar et sa banlieue, le Dakar-Bamako qui est surtout utilisé pour le transport du fret entre le Sénégal et le pays du capitaine Sanogo et enfin l’axe Taïba-Dakar qui appartient aux Industries Chimiques du Sénégal (ICS) pour le transport de ses matières premières. A noter que la ligne ferroviaire Dakar - Diogo (100 km de Dakar) sera bientôt mise en service pour le transport du Zircon et d'autres minerais jusqu'au port par la société Grande Côte Opération (GCO).  


Transport ferroviaire Sénégal : le Petit Train bleu


C’est le train qui fait la navette entre la gare de Dakar et la ville de Rufisque, à une trentaine de kilomètres, en passant par des localités comme Thiaroye. Je me souviens, quand j’étais gamin, dans les années 90, à Thiaroye Gare justement,  il m’arrivait d’aller toucher les rails, après le passage du train, pour voir si la température augmente ou pas. (LOL!) Le PTB a été mis en marche en 1987 sous le nom de Petit Train Bleu. C’est en 2003 qu’il a pris le nom de Petit Train de Banlieue.


Le transport ferroviaire au Sénégal : le Dakar- Bamako


Le tronçon fut inauguré en 1921. Jusqu’à la fin des années 80, le train « Express » assurait le transport des voyageurs entre les deux pays. Depuis, ce service est abandonné et seul le transport de marchandises, jugé plus rentable, résiste encore à la crise qui prévaut au sein de l’entreprise chargé de l’exploitation du réseau.

Transport ferroviaire au Sénégal : Taïba- Dakar


Le phosphate est l’une des principales ressources minières du Sénégal. Notre pays en dispose en grande quantité dans des sites miniers comme Taïba, une localité située à 100 km de Dakar. Une partie des extractions fait l’objet d’une exploitation locale à travers les usines de production d’acide phosphorique et le reste est exporté, notamment en Inde.

J’ai essayé de tracer la courbe de la production de phosphate par les ICS entre 1999 et 2009 à partir des chiffres avancés par la société. Le résultat est le suivant :

production de phosphate au Sénégal

Jusqu’en 2005, on voit que la production oscillait entre 1,4 et 1,8 millions de tonnes par an. Les 3 années suivantes, la société a été dans la tourmente à la suite d’un problème de trésorerie ce qui a fait chuter la production de plus de la moitié. Mais grâce à un partenariat avec des indiens, les activités de la société ont repris de plus belle depuis 2009.

A noter que l’entreprise importe également d’autres produits chimiques comme l’ammoniac, la potasse ou encore le soufre pour la production d’acide sulfurique.

Pour assurer le transport (national) de toutes ces matières dangereuses, les ICS ont opté pour le transport ferroviaire pour des raisons de sécurité, entre autres. En effet, le chemin de fer est idéal pour le transport des produits chimiques de cette nature sur de longues distances. Le tronçon Taïba - Dakar leur est exclusivement réservé. C’est une des filiales du groupe, la société d’exploitation des chemins de fer, qui est chargée d’acheminer le phosphate entre les sites industriels (Taïba, Darou) et le port de Dakar, mais aussi le transport des produits importés en sens inverse. Au port de Dakar, les ICS disposent d’un vaste site de stockage du soufre dans la zone nord, au Môle 5, précisément.   

Transport ferroviaire au Sénégal : Pré acheminement du Zircon

En terme de moyens logistiques, la société dispose d’une dizaine de locomotives et locomoteurs ainsi que près de 300 wagons, citernes et autres trémies.

Le Sénégal est en passe de devenir le 3em producteur mondial de Zircon, un minéral de plus en plus utilisé dans l’industrie, notamment dans les réacteurs nucléaires.  La société Grande Côte Opérations (GCO) devrait commencer l’exploitation des sables tétanifères de Diogo (dans la région de Thiès) et prévoit de produire annuelle de 80 000 tonnes de Zircon, 15 000 tonnes de leucoxène et 570 000 tonnes d’ilménite. L’expédition de ces minerais du site d’exploitation jusqu’au port de Dakar devrait entièrement se faire par voie ferrée via la ligne ferroviaire Diogo - Dakar qui est actuellement en construction.

Voilà donc tout ce qui reste du chemin de fer, devenu un chemin d’enfer pour beaucoup de travailleurs, aujourd’hui. Ces dernières semaines, les ministres du transport du Sénégal et du Mali ont signé une convention pour la réhabilitation du chemin de fer Dakar- Bamako avec des partenaires venus d’Asie, l’atelier du monde. Reste à espérer que la signature de cet accord contribuera à ressusciter le transport ferroviaire du pays.     


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